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De nombreuses vidéos relatives aux thématiques qui me sont chères, soit la psychologie structurelle et le passage à l’acte délinquant, vous attendent sur ma chaîne uTube. C’est parti, et c’est par ici !

A ce jour, voici les vidéos déjà postées :

Bon visionnage !

Exercice I (l’affaire Stern) – Lancez-vous : l’erreur est levier de progression

Chers lecteurs,

J’inaugure actuellement une nouvelle phase de mon activité professionnelle au sein de laquelle j’ai décidé d’octroyer l’essentiel de mon temps à la transmission des connaissances que j’ai acquises grâce, avant tout, à ma pratique clinique en tant que psychologue légale et psychothérapeute.

Les trois derniers articles parus sur mon blog (Actes I à III) constituent la chair de mes intérêts premiers et donnent un aperçu de ce que le modèle structurel est apte à offrir en matière d’évaluation des tenants et aboutissants du passage à l’acte criminel.

A présent, il est temps que le lecteur qui œuvre à la résolution de telles questions puisse lui-même expérimenter l’évaluation clinique des protagonistes d’une affaire criminelle selon la méthode que je propose, si tant est que cette dernière l’intéresse.

Pour ce faire, j’ai choisi de lui soumettre le cas de l’affaire Stern, du nom du banquier installé en Suisse et qui a trouvé la mort à son appartement en 2005, exécuté par sa compagne.

L’affaire est traitée par le magazine télévisé Zone d’ombre réalisé par la Télévision Suisse Romande, et dont l’épisode est intitulé : « L’affaire Stern :  Amour à mort ». Il est accessible à cette adresse.

J’offre donc un premier exercice en invitant les professionnels intéressés à regarder l’intégralité de ce document et à se laisser guider par mes questions pour résoudre l’énigme suivante : quelle est la structure psychique de la meurtrière et quelle est celle de la victime ?

Tentez le coup, et trompez-vous. On ne peut pas apprendre sans se tromper.

Si vous souhaitez participer à cette expérience, annoncez-vous auprès de moi via le formulaire de contact. Vous me ferez ensuite parvenir vos réponses aux questions par mail, et je me ferai un plaisir de les analyser et de vous offrir mes commentaires afin que vous puissiez vous perfectionner.

Les questions qui constituent la trame du présent article vous permettront de réfléchir aux aspects probants pour l’analyse. La formation préalable nécessaire pour mener à bien cet exercice consiste à lire avec attention les articles et documents suivants, déjà parus sur mon site :

La question-phare à laquelle vous aurez à répondre est donc la suivante : quelle est la structure psychique de chacun des amants et en quoi cette information sur la personnalité de chacun explique-t-elle le passage à l’acte de la maîtresse ?
Indice : explorez le rapport à la sexualité d’Édouard Stern et le rapport au défunt de Cécile Brossard.

Question subsidiaire donc : comment définiriez-vous une sexualité perverse, et dans quelle mesure les amants sont-ils concernés par le sujet ? Pour valider/affiner votre hypothèse, vous pouvez vous aider de l’émission radio d’Hondelatte sur l’affaire.

S’agissant de la structuration psychique de la victime, je vous aide également en pointant l’anamnèse de Stern, en posant la question suivante :
Quels sont les éléments qui permettent de poser l’hypothèse selon laquelle le père de Stern est une structure rose ? Il est dit dans le documentaire que ce père, qui dirigeait la banque familiale avant que son fils ne reprenne les rennes, était « incompétent » à cette tâche. Ainsi, qu’est-ce qui permet de poser l’hypothèse que ce père était un individu rose et pas un homme bleu d’intelligence moyenne ou inférieure ?

Quel est le niveau d’intelligence de Stern ? Et quel est l’interêt de cet élément pour comprendre les faits ?

Je définis la personnalité borderline d’après les critères qui figurent dans le DSM. Les critères étant symptomatiques (le DSM est un manuel psychiatrique statistique), cette appellation ne peut à mon sens s’adresser aux personnalites symbolisantes (soit les verts et les bleus). Partant, je considère que ce terme doit être réservé aux sujets de structure psychotique (structure non symbolisante, rose).
Ainsi, ma question est la suivante : l’auteur du crime possède-t-elle, selon vous, une personnalité borderline, comme cela est mentionné dans le documentaire ?

Le documentaire précise le sens que revêt la terminologie juridique « crime passionnel ». Me Bonnant, avocat de la partie civile, évoque : « Dans le meurtre passionnel, la victime est (…) pour partie coupable de son sort ». Ce qui justifie une diminution de la durée de la peine. L’avocat de Cécile Brossard rappelle que, pour démontrer un crime passionnel, il faudrait pouvoir démontrer que sa cliente « a agi dans un état d’émotion que les circonstances rendaient excusable »…
Que pensez-vous de cette notion de crime passionnel en regard des considérations cliniques qui occupent nos professions ? Pour y répondre, posez-vous ces questions :
Quelle est la couleur psychique des rédacteurs du Code pénal ? Qu’est-ce que le texte de loi omet de prendre en compte ? En quoi, dans l’affaire Stern, auteure et victime ont joué un rôle dans la mort du banquier ?

Quelques questions complémentaires :

  • Passé quel minutage du documentaire avez-vous compris quelle est la structure psychique d’Édouard Stern ?
  • À quel minutage avez-vous posé votre diagnostic s’agissant de la couleur psychique de Cécile Brossard ?
  • Éventuellement : quels sont les éléments qui vous manquent pour trancher sur la structuration psychique de chacun des amants ?
  • Quel est l’avocat qui vous en a appris le plus sur la personnalité des amants ? En disant quoi ?
  • Pensez-vous qu’il est vrai de dire, comme le fait l’avocat de la partie civile, que l’ex-femme de Stern garde un bon souvenir de ce dernier ?
  • Qu’avez-vous à dire au sujet du fait que les munitions qui ont été chargées dans l’arme qui a servi à tuer Édouard Stern n’étaient pas toutes les mêmes ? Quelle hypothèse pouvez-vous poser à ce sujet, en regard des structures psychiques impliquées ?
  • De quelles investigations policières complémentaires auriez-vous besoin pour lever les zones d’ombre relatives à l’éventuelle préméditation de l’acte ?
  • Enfin, une dernière question relative à la part personnelle hors contre-transfert (il est très important de bien se connaître soi-même pour travailler correctement en matière d’évaluation diagnostique, et de psychothérapie également aussi bien évidemment…) : qu’est-ce qui vous touche dans cette affaire ? Une fois défini, observez ce que cet élément vous apprend sur le crime.

Une dernière question, qui fera sans doute polémique, mais que les cliniciens peuvent entendre :
Si vous écoutez l’émission radio d’Hondelatte, vous en découvrirez davantage sur la façon dont Cécile Brossard a été évaluée. Quelle est l’injustice crasse dont elle est victime ? (deux éléments).

J’attends vos réponses avec impatience. Dans l’intervalle, je prépare une vidéo qui vous proposera mes réponses à ces questions.

Acte III – Les Cantat et les Trintignant

Noir Désir.
LE groupe de rock qui a accompagné mon adolescence, et quelques années suivantes aussi.
Pendant des lustres, « Ernestine » a été mon pseudo sur Internet. J’aimais bien celle que le chanteur dépeint. Et c’est si beau, ce violon, dans un morceau de rock comme celui-là…

En concert, Bertrand Cantat donne, il se donne, mais en même temps il puise de l’énergie auprès de son public, pour entrer en état de transe.
Bertrand Cantat donne, mais il prend aussi. Il donne des sensations, le vertige. Mais il prend la vie.

Un dilemme nous assaille alors : doit-on le condamner à jamais pour les vies qu’il a prises ?

Ecoutez cette voix. Cette intensité. Cette sensibilité.
Nous autres anciens fans, avons-nous le droit de garder pour lui un certain attachement, lui qui nous a offert ce qu’il a de meilleur en lui ? Et puis, surtout, l’on doit se demander : s’il n’avait pas cette autre part, cette part sombre, cette ombre, serait-il capable de nous donner ceci ? :

« Emmène-moi danser
Dans les dessous
Des villes en folie
Puisqu’il y a
Dans ces endroits
Autant de songes
Que quand on dort
Et on n’dort pas
Alors autant se tordre
Ici et là 
Et se rejoindre en bas
Puisqu’on se lasse de tout
Pourquoi nous entrelaçons-nous ?
(…)
Emmène-moi, emmène-moi
On doit pouvoir
Se rendre écarlates
Et même
Si on précipite
On devrait voir
White light white heat
Allez enfouis-moi
Passe-moi par dessus tous les bords
Encore un effort
On sera de nouveau
Calmes et tranquilles
Calmes et tranquilles
Serre-moi encore
Serre-moi encore
Etouffe-moi si tu peux
Serre-moi encore
Nous les écorchés vifs
On en a des sévices… »

Et ceci… et ça… mais aussi ça !!
Et puis, wouah !, celle-là

On peut ne pas aimer. Moi je frissonne…

Faut-il avoir beaucoup souffert pour créer ainsi ? Cantat, c’est sublime et violent à la fois.
C’est : à la fois. Il est bien possible que l’un n’aille pas sans l’autre. Je vais tenter d’illustrer comment, pourquoi.

Dans l’affaire qui concerne Marie Trintignant d’abord, il y a un seul coupable mais il y a une foule de personnes impliquées. Comme dans toutes les affaires. En effet, les expertises psycho-légales que je mène depuis maintenant vingt ans le confirment.

Je vais tenter d’expliquer comment les protagonistes, soit les amants d’abord, mais également les membres de leur entourage, ont joué un rôle dans le drame. Mes analyses se basent sur les vidéos toujours en ligne sur Internet des victimes, et des proches des familles Cantat et Trintignant. Et sur l’excellent et précis ouvrage de Bouchet et Vézard, Bertrand Cantat Marie Trintignant. L’amour à mort, paru en 2013.

Bertrand a très probablement grandi avec un ou des parents de structure rose (pour l’utilisation des couleurs pour désigner les structures psychiques, utilisation qui facilite l’explication, lire l’Acte I). En effet, sinon comment comprendre sa couleur à lui ?

Il est encore compliqué pour moi de comprendre la raison pour laquelle Bertrand Cantat est devenu vert. En effet, son grand frère Xavier semble être bleu. J’avais d’abord posé l’hypothèse selon laquelle Xavier n’avait pas pu protéger son cadet contre un changement de couleur parce qu’il était lui-même rose… Mais je me suis trompée. J’ai soumis l’analyse de la vidéo de son interview par Ardisson à mes collègues expertes, parce que je n’étais pas certaine d’avoir bien à faire à un individu non symbolisant… Xavier a écrit un livre pour défendre (comme le fera tout aîné bleu qui se respecte) son frère cadet contre les imprécisions dont il est la cible, tout en reconnaissant la gravité du crime de son cadet. J’avais pris ce que je pense être un état dépressif au moment de l’interview pour ce qu’il n’était pas (une structuration non symbolisante).
Mais il reste pour moi une énigme parce que j’avais posé l’hypothèse que l’aîné protège le cadet contre le changement de couleur (de bleu à vert)…
Alors, Xavier était-il absent lors de l’enfance de Bertrand ? Est-ce que leur petite différence d’âge (un an seulement) en est la raison ? Et puis comment Xavier, lui, a-t-il pu résister au changement de couleur ? Peut-être parce que Bertrand est beaucoup plus intense que lui… il y aurait donc un impact différentiel de la structuration psychique parentale fonction de la sensibilité de l’enfant…

L’impact du mode de fonctionnement du rose sur celui d’un individu qui est né bleu est invisible à l’œil nu. Mais il est radical : il modifie profondément le rapport aux autres. Il fait, au fil des semaines, des mois et années d’enfance, son œuvre de transformation profonde, sans que personne ne le sache. Il rend vert un individu qui était né bleu. Pourquoi ? Comment ? Parce que le cerveau du petit Bertrand est blessé sans cesse par manque de compréhension entre deux systèmes langagiers différents et incompatibles : le sien et celui de sa ou de ses figures parentales.

Le rose est dans un discours qui prend le texte au pied de la lettre (voir cet article de blog pour l’explication). Le bleu, lui, est le spécialiste du discours qui ne dit pas clairement ce qui devrait être dit. Le vert appartient au monde psychique du bleu, mais son discours (et sa psyché) a subi les affres des blessures quotidiennes infligées à son être : alors il est plus lucide, plus narcissique, il s’épanche et se plaint, il crie aux monstres et aux voleurs, et il peut se montrer trash. Il n’hésitera pas à critiquer, à mépriser autrui. Mais il peut rester poète. Un poète transgressif et orienté sur lui.

Bertrand, enfant, individu haut potentiel (intense), donc hypersensible, n’a pas pu résister à l’assaut du discours rose. Il opposera la poésie du sujet symbolisant au discours sans relief du rose. Ce n’est pas toujours ainsi : je connais des êtres qui sont restés bleus bien qu’ayant grandi avec des parents roses. Je n’ai pas encore compris par quel mécanisme, sauf que j’ai pu observer qu’ils ont en commun de s’être postés en contre. Et qu’ils présentent un style d’attachement non sécure et butent sans cesse contre un même mur, dans les relations qu’ils entretiennent avec leurs objets d’attachement. Ils ont toutes les caractéristiques des êtres traumatisés (pour une image du type de personnage, regardez comment Tokyo se comporte dans la série espagnole La casa de papel).

Bertrand est donc devenu un adulte vert : alors, il est dans la distorsion relationnelle. Il se plaindra de l’attitude des médias dans son interview accordée aux InRocks après la mort de Marie. Il refera l’histoire par distorsion mémorielle, parce que cela arrange son narcissisme, auprès des membres du groupe outrés par cette nouvelle attitude de retrait de responsabilité lorsqu’il évoquera à nouveau cette nuit-là, à Vilnius. Et il leur dira qu’ils surfent sur la vague de sa notoriété à lui. C’en sera fini du groupe Noir Désir et du mensonge, ce mensonge demandé par Kristina Rady sa femme pour cacher le passé de violences de Bertrand auprès des tribunaux lituaniens. Et des médias.

Ils auraient cru à la possibilité pour Cantat de se soigner. Combien de temps ai-je cru moi aussi à cette capacité  d’amendement ? La vérité, c’est que seuls les bleus avancent dans les psychothérapies que je mène. Et que j’ai menées en prison.

Dans le giron des proches, on évoque à raison l’emprise de Bertrand sur les autres : par le verbe, et les menaces de suicide manifestement. Par le verbe, le frère de Marie l’a expérimenté, cette fameuse nuit. Lui qui, dans l’après-coup, ressentira un vécu de trahison.

Kristina en est morte elle aussi. De cette emprise.
Qui protégea les deux victimes de Cantat ? Pas les mères de ces femmes en tous cas. J’y reviendrai.

A Marie maintenant.

Marie, donc, l’une des victimes de Cantat, une femme discrète et tendre, mais qui possédait un fort caractère derrière ces apparences. Ce qu’elle n’a pas compris, c’est qu’on n’agresse pas un homme à bout psychologiquement et physiquement, un homme à terre, parce qu’il deviendra un animal prêt à sauter sur la source de l’agression. J’ai déjà vu un homme de structure saine (bleue) tuer la femme qu’il aimait : il l’a étranglée parce qu’elle-même l’avait mis dans une position insoutenable, une double contrainte. En effet, elle lui expliquait qu’elle se trouvait entre lui et son amant, sans pouvoir choisir, puis lui déclama « Cornuto » (cocu)… avant de perdre la vie.
Ce qui est davantage imputable à la structure psychique de Cantat (verte), c’est la non assistance à personne en danger, soit une exigence interne à se représenter Marie hors de danger. Parce que se la représenter en danger de mort, la nuit du drame, aurait amené Cantat à reconnaître son propre potentiel de violence, ce qui n’est pas compatible avec son besoin narcissique (soit la façon dont il a besoin de se représenter lui-même pour ne pas sombrer dans un sentiment profond d’être un moins que rien).

Des mères qui ne savent pas protéger leurs filles, j’ai dit.

En effet. Manifestement, Nadine ne s’est pas inquiétée pour Marie. Même après ce SMS de sa fille pendant le tournage à Vilnius signé « Fifille battue ». Les roses ne décodent pas bien le discours des bleus, qui n’est jamais très clair il est vrai, et qui est plein de pudeur. Pourtant, tout le monde avait l’air de dire que Marie se comportait différemment de d’habitude, qu’elle était peu présente pour les événements sociaux durant ce tournage. Lambert Wilson a observé une relation immature entre les amants. Bertrand se serait confié à Nadine sur sa relation difficile avec Marie. Il y a fort à parier qu’il attendait de la mère de son « amour », comme il disait, une forme de reconnaissance et une place dans cette famille. Mais le rose ne décode pas les attentes des bleus et des verts. Pour exemple, cette scène observée entre un enfant bleu de huit ans et sa grand-mère rose : le premier dit « Regarde Grand-maman, j’ai grandi, je fais presque ta taille », et la dame âgée de répondre : « Non, tu es plus petit que moi ».

Problème de langues…

Nadine, elle, n’aurait réussi qu’à rappeler le fort attachement qui unissait sa famille à Samuel Benchetrit, l’ex-mari de Marie. Et elle énonce cela à un Cantat rongé par la jalousie. Pas très malin, on dira…
Oui. Sauf que lorsqu’elle fait cela, elle ne sait pas qu’elle fait cela.

Je peux bien entendu expliquer comment je diagnostique la structure de Nadine Trintignant. Les éléments les plus probants sont dans son discours : pensée sans nuances (cf. son livre à charge contre Cantat, « l’assassin »), argumentaire ne respectant pas les règles de la logique, par difficulté à traiter l’hypothétique (selon elle, qui a cherché dans les archives de l’Histoire !, il n’y a pas de précédent de remontée sur scène pour un meurtrier, ce qui justifierait en soi que Cantat en soit privé), rapport à son enfant ne respectant pas les stades évolutifs de chacun (« Marie, tu seras toujours dans mon ventre », aurait-elle déclaré lors de l’enterrement de sa fille). 

Ce type de discours vous paraît anodin, sans impact ? Imaginez pourtant une enfant bleu intelligente se débattre avec l’argumentaire manichéen et la pensée « délirante » de sa figure d’identification, toute son enfance (et sa vie d’adulte…). Ça, c’est l’enfance de Marie. Heureusement qu’elle avait Jean-Louis pour pouvoir expérimenter un son de cloche différencié.

La mère de Kristina, elle non plus, ne bougera pas. Alors même que sa fille lui laissait, six mois avant sa mort, un message vocal qui dit tout de sa détresse. Qui dit tout, ou presque tout : pudeur de bleu, pudeur qui met en danger ! Oui, il faut dire clairement les choses aux gens, si vous voulez être protégé ! Parce que certains êtres humains ne savent pas lire entre les lignes.
La mère de Kristina se range maintenant du côté de Cantat…
Cette mère qui, de son propre aveu, reconnaissant ne pas savoir se défendre, nous apprendra dans le même temps qu’elle n’aura évidemment pas su transmettre cette compétence à son enfant…

Dans une interview accordée à la télévision, Jean-Louis Trintignant évoque que, depuis le décès de sa fille survenu il y a de cela quinze ans déjà, il ne fait qu’aller toujours plus mal. Et cela se voit. On souffre pour cet homme, de le voir ainsi.

Avec son nouveau groupe, Détroit, Cantat chante Ange de désolation :
« Dors mon ange
Dors
L’éternité nous appartient
(…)
Rien ne pourra jamais nous enlever nos frissons »

Il lui a enlevé la vie mais il pense à leurs frissons.
Dans cette chanson, on sent qu’il a besoin de dire qu’elle lui appartient.

C’est vrai : rien ne lui enlèvera ce qu’ils ont partagé. Mais, dans ce texte, aucune parole de remord.

Ce texte me met très mal à l’aise. Je n’aime plus du tout ce que fait Cantat.
C’est indécent.
L’on se dit : mais comment ose-t-il ? Se plaindre des porcs ? Alors qu’il a tué.
En l’écoutant chanter, je suis… dégoûtée.
A contrario, j’avais été tellement frappée par le sentiment de respectabilité qu’un ancien patient détenu m’avait inspiré : il m’avait informée qu’il ne viendrait plus à ses séances de psychothérapie parce que cela le mettait en position de se dédouaner pour le meurtre de la femme qu’il avait aimée, et qu’il trouvait cela inacceptable. Voilà comment réagit un homme bleu.

Et, partant, voilà pourquoi l’attitude de Cantat, quant à elle, choque nos âmes humaines.
Ne pas voir sa part, exprimer la part de l’autre. Se plaindre.
C’est vert. C’est tellement terriblement vert.
Ou comment se dédouaner de sa culpabilité écrasante.
Pour y survivre.

Sans doute comme quand Xavier Dupont de Ligonnès estime, en son for intérieur, qu’il doit épargner à sa femme et à ses enfants la souffrance en choisissant de les tuer plutôt que de les laisser sans le sou. Et sans lui, qui choisit de survivre. Et de continuer son chemin.

C’est tellement terriblement vert.

Mais qu’y peuvent-ils, ces êtres, au fond, d’être devenus verts ?
Destins brisés. Brisant la destinée d’autres êtres…

Je pleure.

Acte II – Michael Jackson

Voici une affaire qui suscite grand débat du fait de la célébrité de l’auteur présumé, et qui pose cette question : Michael Jackson était-il à la fois ce génie musical et un homme capable d’abuser d’enfants, dont le plus jeune accusateur connu aurait eu 7 ans au début des abus ?

La réponse est dans le documentaire réalisé par Dan Reed en 2019, Leaving Neverland (les deux épisodes de ce film – chacun de deux heures – sont visibles sur vimeo, le 1er ici en français, le 2e actuellement introuvable, vu en anglais). Les témoignages des membres de la famille des victimes et des victimes elles-mêmes sont si riches d’enseignements que ces quatre heures constituent un document exceptionnel pour qui veut comprendre la clinique des abus commis par un sujet non symbolisant (voir cet article pour la définition) et le lien qui peut attacher les victimes à celui qui ne respecte pas les lois fondamentales d’une société humaine.

En préambule, je conseille au lecteur qui n’est pas prêt à entendre la vérité sur Jackson de s’abstenir de lire ce texte ou de regarder le documentaire de Dan Reed. Par respect pour les victimes. Et parce que certains passages du film sont insoutenables. Si le lecteur préfère garder une bonne image de Jackson, qu’il le fasse. Personne n’est obligé de se confronter à la maltraitance que certains membres de l’espèce humaine sont capables de faire subir à leurs propres congénères. Par contre, le lecteur qui veut savoir comment cela est possible, et à quel point le sujet de l’abus sexuel sur mineurs est mal compris et les actes mal interprétés, ressortira de cette analyse avec de nouvelles clés de compréhension.

J’évoque déjà les faits imputés au chanteur dans l’article précédemment cité et qui concerne la structure rose (pour les couleurs, voir l’Acte I).

Je souhaite dès lors ajouter dans le présent texte, spécialement consacré à cette affaire, quelques points qui méritent notre attention. Si je peux valider l’hypothèse de la culpabilité de Jackson, c’est d’abord parce que les victimes qui témoignent dans le document de Dan Reed sont parfaitement crédibles. Et que leur récit, ainsi que ceux de leurs proches, éclairent en tous points les mécanismes à l’oeuvre.

Il s’agit de deux hommes de structure bleue (structure névrotique, qui est la structure normale de l’être humain), intelligents, dont les récits évoquent une forte loyauté et un fort attachement à Michael Jackson. L’on est frappés par la dénégation, chez ces jeunes hommes, durant de si longues années, des abus subis. D’abord, il s’est agi pour ces victimes de comprendre qu’il y avait bien eu « abus », et qu’il ne pouvait s’agir d’une histoire d’amour qu’alors enfants ils auraient entretenue avec un homme de près de quarante ans. De plus, ils craignaient, en avouant avoir entretenu des relations sexuelles avec le chanteur, que ce dernier ainsi qu’eux-mêmes aillent en prison, comme Michael Jackson le leur avait prédit.

En effet, les deux témoignages concordent sur ce point : Jackson s’assurait le silence de ses victimes en leur faisant peur que non seulement sa vie mais aussi celle de ses victimes soit foutue. Il est même fort probable qu’il croie sincèrement dans le fait que les relations sexuelles entre un enfant qu’il aime et lui soit la façon adéquate de se montrer de l’amour. Selon le discours propre à la structure de l’auteur des abus, il n’était pas question de « faire du mal » à des enfants. Apparemment, il n’a pas exercé de contraintes autres. Il n’en avait pas besoin du fait de son aura.

Il semble en effet que les victimes n’aient pas, sur le moment, vécu ces relations sexuelles comme violentes. La clinique nous apprend que le sujet rose pense sincèrement ne pas faire de mal. Chez beaucoup de sujets qui appartiennent à cette économie psychique, la réalité des relations humaines, avec son cortège d’interdits bien connus des individus bleus (règles œdipiennes) est malléable et fonction des besoins propres.

Bien entendu, le fait que les relations sexuelles aient été menées sans violence ne signifie aucunement qu’elles n’ont pas eu d’impact traumatique. En effet, dans une économie psychique bleue, il est parfaitement interdit d’entretenir des relations sexuelles avec un enfant. Dès lors, il est très difficile pour les victimes de vivre avec cette ambivalence dans laquelle elles se sont trouvées d’éprouver de l’amour pour un être qui avait osé leur faire cela. Mais il semble que ce soit surtout dans l’après-coup (lorsque ces jeunes hommes ont réalisé, en grandissant, l’aspect inacceptable de la chose) que ces victimes ont le plus souffert des événements. D’autant que la jalousie apparaissait en eux à chaque fois que Michael Jackson s’entichait d’un autre enfant

La façon dont Michael Jackson est décrit, et les multiples éléments biographiques relatifs à la star, sont parfaitement compatibles avec la structure non symbolisante, soit l’une des deux structures psychiques en cause dans les abus sexuels sur mineurs (l’autre structure représentée dans ces situations est la structure verte). Par ailleurs, ce mode de structuration psychique comporte une facette toute particulière : un comportement qualifié fréquemment d’infantile ou d’immature. Ce sont des êtres démunis sur le plan psychique qui suscitent chez les sujets bleus, qui sont de véritables saint-bernards dans l’âme, surtout s’ils sont haut potentiel, une propension à les protéger.

Les mères des victimes, des femmes de structure bleue, sont également tombées dans ce travers avec la star : elles n’ont pas su protéger leur enfant parce qu’elles ont pris Michael pour l’un de leurs enfants, capables d’accueillir Michael comme un membre de la famille, répondre à ses appels tous les soirs lorsqu’il était éloigné de cette famille et lui faire sa lessive lorsqu’il venait à la maison.

Michael entretenait avec les familles de ses victimes une relation d’objet typique des roses, qualifiée d’anaclitique par certains auteurs psychanalytiques (cf. Jean Bergeret), donc d’appui sur l’autre pour supporter la vie et ne pas décompenser. Le rose établit une relation d’objet en mode « un seul être comble le besoin » (Michael n’avait pas d’amis), et donc il n’entretient pas un réseau social élargi comme le font le bleu et le vert : Michael compte sur ces enfants pour ne pas être seul et ne pas déprimer (comme Marilyn Monroe sur les hommes), et il sanglote avant le départ de Wade Robson (l’enfant australien) parce que la star restera seule à cette occasion. Michael semblait réellement à la recherche d’une famille dans laquelle il pourrait s’épanouir, comme un enfant orphelin. Mme Safechuck (la mère de James, l’enfant américain) l’a ressenti ainsi, mais il semble qu’avec le recul elle ne mesure pas à quel point il s’agissait réellement de cela. Que l’abus n’était pas le seul enjeu pour Michael Jackson. Ce qui est typique du rose, mais pas du vert. Le sujet vert abuseur sexuel d’enfants, lui, cherche sciemment un lieu où il pourra satisfaire ses besoins. Il y a clairement préméditation. Ce sont nos patients verts de prison qui nous le disent. Et les crimes de sang qu’ils commettent nous le montrent (voir l’Acte I à ce sujet).

Quant aux modus operandi des abus, ils coïncident entre les deux témoignages des victimes.

Comme autre signe clinique qui appuie mon hypothèse, Michael Jackson présentait des signes de persécution (il pensait qu’il faut se méfier des autres, surtout des femmes qui sont mauvaises, et il estimait que la vie ne serait pas telle qu’on le dit…). Ce signe clinique évoque la structure non symbolisante. Par ailleurs, les rôles sont confus : Michael s’adresse à James en l’appelant « son » et, à la fois, il mène une cérémonie de mariage pour se marier avec lui, dans leur chambre. Encore une façon de se comporter typique du rose et pas du vert.

Mais il faut comprendre que l’on se méprend toujours sur les intentions d’un sujet rose, lorsqu’on lit ses actes à partir de son propre point de vue (point de vue symbolisant). Pour exemple, au sujet de cette fameuse cérémonie de mariage, le réalisateur interprète manifestement l’acte de Jackson de manière erronée. Il dit, dans ce passage vidéo : « Ça c’était (…) d’une cruauté particulière », puisque James aurait vécu cela comme une promesse faite entre eux, mais qu’il fut finalement abandonné par le chanteur. En effet, cela aurait été cruel (dans le sens d’une intention de nuire) s’il y avait préméditation de la part de Jackson : donner, pour ensuite faire souffrir l’enfant en reprenant. Mais la star ne se situait pas dans cette économie psychique. Sa capacité imaginaire (Jackson se situe bien dans le registre de l’imaginaire et pas du symbolique, cf. Lacan) l’a fait inventer une cérémonie de mariage, ce qu’il a dû trouver chouette sur le moment, puis les événements ont suivi leur cours et la star s’est détachée de l’enfant. Mais il n’y a pas de lien entre les événements.

A mon sens, Dan Reed interprète faussement la manipulation de Jackson, même si cela ne remet pas en question le sentiment d’avoir été manipulé que les victimes peuvent venir opposer à de tels comportements. Un autre exemple (tiré de l’interview du réalisateur sur le site du webzine Glamour) :

Quelles responsabilités attribuez-vous aux familles des deux accusateurs ?

D.R : « Pour moi, les deux mères n’ont pas vendu leurs fils, mais elles ont été aveuglées par tout ce qu’était Michael Jackson, par son statut, son charme, sa manière d’être… Pour comprendre ces deux mamans, il suffit de regarder l’attitude des fans aujourd’hui. Ces deux mères, c’étaient des fans et elles ont complètement cru à l’histoire du chanteur. Elles ont voulu croire au mythe. Et tout les poussaient à le faire. Le mécanisme était bien rodé. Quand le rapport sexuel commençait, Michael Jackson savait que tout allait bien se passer, et c’est aussi parce qu’il ciblait les familles. Il choisissait celles qui avaient des failles ».

Dan Reed interprète donc la ruse chez Jackson, mais j’aimerais nuancer le propos puisque le sujet non symbolisant ne fonctionne pas de cette façon. Comme déjà mentionné plus haut, c’est davantage le comportement immature du chanteur qui a aveuglé ces mères. Il jouait avec leur fils comme un autre enfant l’aurait fait ! Et ce n’était pour se mettre l’enfant dans la poche, mais bien parce que sa psyché est immature.
Par ailleurs, je ne pense pas que Jackson visait sciemment certaines familles. Il était véritablement en amour (même si sa définition n’est pas la nôtre) avec ses victimes. Bien entendu, il a pu agir parce que les parents lui ont fait confiance. Les pères de ces garçons sont de structure rose (le père de Wade Robson a fini par être diagnostiqué bipolaire), ce qui ne fait évidemment pas automatiquement d’eux des abuseurs d’enfants (en effet, tous les sujets roses ne sont pas abuseurs et heureusement !). Néanmoins, ces pères se sont montrés proprement incapables de protéger leur fils : effet, quel père bleu aurait accepté que son fils mineur dorme toutes les nuits pendant des mois dans le lit de Jackson ? Les mères, elles, ont vu en Jackson un enfant démuni. Pas un prédateur.
Bien entendu, à la fin du documentaire, l’on est confrontés à l’immense sentiment de culpabilité des mères de ces garçons devenus des hommes.

Donc oui, bien entendu que Jackson peut avoir commis ces délits si l’on tient compte de sa structuration psychique. Et, au vu de la personnalité de ses victimes (crédibles), j’ai la conviction qu’il l’a fait. D’ailleurs, comment le public a-t-il fait pour ne pas comprendre son addiction aux garçons ? Il enchaînait les « partenaires de vie », des enfants, comme les images de ses tournées en attestent.

Ses fans ne peuvent l’accepter. Je les comprends. Mais ils ont tort.
La psychologie légale n’est pas l’affaire de tous. Même si chacun croit pouvoir donner son avis sur un sujet aussi complexe.

Hypothèses cliniques au sujet de cinq affaires criminelles – Acte I

La psychologie structurelle est l’outil indispensable à l’analyse et au traitement des affaires psycho-légales. Comme je l’ai déjà mentionné dans plusieurs écrits (articles sur la psycho structurelle, le profilage structuraliste, le passage à l’acte terroriste, la structure non symbolisante), il existe trois façons d’être au monde qui conditionnent de manière différentielle le type de passage à l’acte criminel et son sens. Dans le présent article, puis dans les suivants, j’évoquerai en plusieurs actes sept affaires criminelles dans le but de présenter, sans entrer dans tous les détails, la façon dont il s’agit de réfléchir sur le plan clinique pour aboutir à des hypothèses valables en terme de fonctionnement de personnalité. En un mot, pour comprendre qui a pu commettre le crime et pourquoi.

Dans l’Acte I, il s’agira de revenir sur les affaires Alexia Daval, Mary Jo Buttafuoco, Valérie Bary, Magali Delavaud et Meredith Kercher (les noms donnés sont ceux des victimes).

L’Acte II reviendra sur les allégations de pédophilie à l’encontre de Michael Jackson, et je m’appuierai sur l’indispensable documentaire Leaving Neverland réalisé par Dan Reed en 2019 pour illustrer la logique de tels abus lorsqu’ils sont commis par un individu non symbolisant (le terme est de moi, voir cet article pour un aperçu de la notion), ainsi que pour évoquer leur impact sur les victimes et leur famille.

Enfin, l’Acte III me verra donner ma conclusion relative à une énigme encore récemment en suspens pour moi : quelle est la couleur psychique de Bertrand Cantat et comment explique-t-elle la violence conjugale dont cet homme semble avoir fait preuve tout au long de sa vie amoureuse ?

Cette série d’articles profitera avant tout aux policiers, profilers, juges d’instruction, psychologues et psychiatres légaux ainsi qu’aux psycho-criminologues, mais également à toutes les personnes intéressées par les affaires criminelles et le comportement humain. Ma pratique clinique m’a montré que nombre de mes patients haut potentiel sont interpellés par ce type d’affaires. Je décèle également le haut potentiel chez de nombreux journalistes spécialisés dans le champ judiciaire. 

Je rappelle en préambule qu’ils existe trois couleurs psychiques que je définis précisément dans mon ouvrage à paraître (pour un aperçu rapide, voir le flyer de présentation des supervisions et formations que je propose aux professionnels du secteur). Dans le présent article, les génogrammes qui sont présentés en regard de chaque affaire font état de mes hypothèses relatives à la couleur psychique des individus qui les composent. Les raisons qui me poussent à diagnostiquer chaque individu sont clairement définissables mais toutes ne sont pas évoquées dans l’article. En effet, pour diagnostiquer une structure, il s’agit de tenir compte d’un faisceau d’indices, et pas de deux ou trois éléments.

Ma pratique clinique et mes recherches m’ont amenée à pouvoir, à l’heure actuelle, diagnostiquer les structures psychiques qui composent un génogramme dans une affaire familiale à partir d’une émission télévisuelle. En effet, les images et verbatim qui sont disponibles grâce à de telles émissions sont souvent suffisants. Il reste parfois des zones d’ombre, que je décline. Il est évident que la rencontre réelle avec les protagonistes et l’administration des outils de diagnostic de la personnalité restent le moyen le plus sûr de ne pas se tromper.

C’est en débutant ma carrière en prison, il y a vingt ans, que j’ai commencé à tenter de comprendre comment appréhender de manière précise la question de la structuration psychique d’un individu en lien avec son passage à l’acte. Depuis, je suis parvenue à dégager un modèle précis qui situe d’abord l’individu selon le type de rapport à la Loi qui est le sien. En effet, tel rapport diffère d’un être humain à un autre en fonction de sa couleur psychique.

Rapport à la Loi selon la couleur psychique

Il existe une multitude d’autres dimensions de l’existence au sujet desquelles les trois structures psychique diffèrent. Le flyer que j’ai édité, cité plus haut, donne un aperçu spécifique aux questions traitées dans le champ de la psychologie légale.

Affaire Daval

Prenons donc une première affaire, puisqu’elle est actuellement en cours de traitement par la justice française (la reconstitution vient d’avoir lieu, en présence des parents de la victime) : Alexia Daval est étranglée par son mari Jonathann au cours d’une dispute. Ce dernier dissimulera son corps en partie calciné sous des branchages dans un bois.

De mémoire, le documentaire qui m’a servi de base à l’analyse est celui de l’émission Chroniques criminelles (actuellement introuvable en ligne). Ce documentaire évoque également la deuxième affaire que j’analyserai, celle qui met en cause Amy Fisher dans une tentative d’homicide.

L’affaire Alexia Daval est très simple à analyser sur le plan clinique : Jonathann est rose (avant tout, c’est son immense fragilité psychique qui en atteste) et, selon mon hypothèse, Alexia est bleue. Alexia n’est pas rose, les photos d’elle en témoignent (oui, parce qu’il est possible de diagnostiquer la structure non symbolisante sur photos, je l’expliquerai dans mon ouvrage). Par ailleurs, il y a peu de chances qu’Alexia soit verte étant donné la personnalité de sa mère (la mère d’Alexia). Cette dernière est très présente dans les médias. Elle s’exprime régulièrement, ce qui permet de diagnostiquer une très probable structure bleue, qui plus est combative, facteur de protection pour sa descendance. Le père est moins présent mais il encadre son épouse. En premier hypothèse, je partirais du postulat qu’il est bleu également. Cette vidéo en ligne sur uTube est très intéressante à cet égard. On y voit Jonathann qui, comme face à toute situation qui rappelle les faits, est pris par l’émotion. Les roses émotifs n’ont pas de défenses contre l’effraction des pensées qui rappellent une douleur. Les parents d’Alexia montrent une plus grande capacité à se contenir.

Alexia Daval est donc tuée par son mari, manifestement au cours d’une dispute lors de laquelle il aurait été question de l’incapacité du couple à faire un enfant. Selon Jonathann, Alexia lui aurait reproché cela. Dans le documentaire, il est dit que des échanges électroniques attesteraient du fait que le couple se disputait à ce sujet, ou qu’Alexia le lui reprocherait. Il s’agirait néanmoins de vérifier quelle est la teneur exacte des échanges (ce qui, d’ailleurs, permettrait de vérifier mes hypothèses structurelles), pour savoir si effectivement Alexia reprochait à son mari le fait de ne pas pouvoir avoir d’enfant ou si elle lui en parlait plutôt avec déception. En effet, l’individu rose, ayant de grandes difficultés à prendre les responsabilités de la vie sur ses propres épaules (pour une question de structure, qui dépend d’une constitution neurobiologique spécifique), peut se sentir persécuté face à l’insatisfaction d’un conjoint. 

Après le crime, Jonathann va donc commencer par le maquiller pour nier les faits. Il fera ensuite des aveux, puis se rétractera, à deux reprises au moins. Il se présentera en compagnie des parents de la victime dans les événements sociaux liés au drame. Où il se montre effondré, accablé par la situation… ce qui choquera grandement une fois qu’il sera démasqué.

Le drame du rose, c’est l’image, et son enjeu, éviter les coups de bâton. Jonathann ne voulait pas décevoir sa mère. Bien entendu, tout individu est susceptible de vouloir cacher la vérité, pour des raisons liées à sa structure propre. À un moment donné, un individu qui est passé à l’acte criminel, si cet acte n’était pas prémédité, doit se déterminer au sujet de la suite à donner à son acte : cacher la tragédie ou se rendre et avouer. Beaucoup cachent la vérité, invoquant pour eux-mêmes des arguments supérieurs pour le faire. La victime ne pouvant ressusciter, peu sont ceux qui voient l’intérêt d’aller en prison. D’autant que très peu d’individus qui tuent sont issus de la structure psychique dont l’économie est basée sur le sentiment de culpabilité (la structure bleue), sentiment qui conduit à un besoin d’être puni.

Affaire Fisher-Buttafuoco

Deuxième affaire : Amy Fisher tente d’assassiner Mary Jo Buttafuoco, l’épouse de son amant. En effet, le problème de la femme rose, c’est qu’elle ne comprend pas la notion de maîtresse (la position de maîtresse est une position qui requiert la capacité d’ambivalence, absente chez les sujets de structure rose, cf. mon article « Au pied de la lettre » pour appréhender cette notion). Elle estime avoir de la chance d’être tombée sur cet homme et elle ne saisit pas que cette double vie convient bien à Buttafuoco et qu’il n’a pas l’intention de quitter sa femme et sa famille. En effet, l’homme vert ne présente pas les scrupules du bleu quand il s’agit de mener ladite double vie (ni d’ailleurs lorsqu’il est question de séduire et faire l’amour à une ado de 16 ans dans le cas de Buttafuoco).

Les amants Fisher et Buttafuoco s’exposent ensemble, des années après la tentative de meurtre, dans les médias américains. Cela répond à leur besoin narcissique. J’encourage le lecteur qui comprend l’anglais à s’intéresser aux visages, regards, attitudes corporelles et affectives et aux paroles des protagonistes (de multiples vidéos sont disponibles sur le web) : il se fera ainsi une idée de ce qui distingue les structures psychiques. Joey Buttafuoco a une grande gueule et se montre très narcissique. Quant à Amy Fisher, elle décrit les événements comme s’ils lui étaient tombés dessus et qu’elle n’en portait pas vraiment la responsabilité, ce qui est typique de la structure rose… mais sincère ! C’est bien ainsi que les sujets roses envisagent le monde : les événements se produisent à partir de ce qu’ils voient, et ils ne voient pas en eux-mêmes.

Affaire Bary

Évoquons à présent l’affaire Laurent Bary, présentée dans cette édition de Faites entrer l’accusé.

Laurent Bary a été condamné pour avoir tué sa femme Valérie à leur domicile en mars 2004. Il nie les faits. Il a simulé une scène de cambriolage peu crédible, qui questionne donc les enquêteurs, au motif qu’il aurait craint être accusé à tort du meurtre.

Plusieurs membres de la famille Bary prennent la parole dans le documentaire. Il est très clair pour moi que Chantal Bary, la mère de Laurent, est un sujet bleu qui n’est pas haut potentiel. Le fils de Bary, Kévin, est également un sujet bleu (probablement intense), ce qui semble être le cas également de Valérie, la victime. Tous les éléments penchent en faveur de cette configuration. Laurent Bary, quant à lui, est un sujet non symbolisant (rose). Il est assez rare que la seule analyse des photographies d’une personne permette de poser le diagnostic : pourtant, c’est le cas de Laurent Bary. Les autres éléments qui corroborent l’hypothèse (il s’agit en effet de toujours se baser sur un faisceau d’indices probants) sont décrits ci-après.

Bary a rencontré sa future épouse alors qu’il était brancardier dans la clinique dans laquelle ils travaillaient tous deux. C’est un ancien militaire passionné par les armes blanches. Valérie aurait été tuée à l’aide d’un couteau utilisé par son époux pour couper les volailles.

Laurent Bary s’était en effet installé à son compte pour élever des poulets. Son épouse l’aurait rejoint dans cette entreprise. Néanmoins, sur le plan financier, l’affaire ne prend pas comme prévu et le couple se retrouve avec près de 120’000 euros de crédits à rembourser. La situation est difficile, au point qu’à un certain moment Laurent Bary dort dans son camion et que Valérie cherche un appartement pour elle. Elle aurait eu le sentiment d’avoir tout sacrifié pour cette vie à la campagne alors que là n’était pas son souhait. Par ailleurs, des dissensions existent également au sujet des enfants.

Le génogramme décrit la situation familiale : quatre enfants, dont un enfant issu du couple ; les trois autres issus de l’union précédente de chaque parent. En particulier, pour une illustration parfaite de l’incapacité d’un sujet rose à appréhender correctement son rôle parental auprès d’un beau-fils, notons que Laurent Bary a trouvé pertinent de se rendre dans un poste de police pour porter plainte contre son beau-fils de douze ans, Thomas, pour propos diffamatoires. La policière en charge de la plainte a bien tenté de le dissuader et de lui proposer de privilégier des moyens éducatifs, mais il maintiendra sa demande de dépôt de plainte. Par ailleurs, il est fait état de brimades de la part de Laurent Bary à l’encontre de son beau-fils : il aurait lacéré ses baskets et volé ses livres scolaires.

Les enfants qui s’expriment dans le documentaire, soit Kévin et Laura, ne croient pas à la culpabilité de leur père. C’est également le cas de Chantal Bary, la mère du condamné. Elle dit : « Il aime trop ses gamins pour avoir fait une chose comme ça ». Sauf que ce type de passage à l’acte intervient comme une éruption non contrôlée et non préparée. Bien sûr, sans doute que Bary aurait préféré ne pas tuer son épouse, mais cela a été plus fort que lui.

Kévin estime que son père n’est pas quelqu’un de violent. Mais faut-il toujours l’avoir été pour commettre un tel crime ? Je pense à l’affaire Jean-Claude Romand (cet homme qui se faisait passer pour un médecin travaillant à l’OMS) qui n’avait pas non plus d’antécédents de violence mais qui a décimé l’ensemble de sa famille (et le chien). Et ceci, le psychiatre traitant qui a témoigné à la barre en faveur de Bary ne l’a pas compris. On ne s’improvise pas expert en matière de psychologie légale.

Pauvre Kévin qui ne veut pas entendre, parce que pour lui sans doute cela signifierait que son père est un monstre. Un monstre ou un malade ? Les gendarmes et les policiers le savent : s’il usent de la logique qui est la leur (propre), il ne résolvent pas les crimes. Les avocats et autres enquêteurs qui émettent des analyses basées sur « la façon dont on se comporte normalement », se trompent.
Le crime, c’est affaire de trouble psychique (structure rose) ou de conséquences de tels troubles (structure verte). La majorité des crimes de sang (hors terrorisme) sont le fait d’individus de structure rose.

Quelques éléments encore pour pouvoir bien cerner la personnalité du condamné : d’abord, il est question d’un homme qui aurait appris à utiliser les armes blanches au cours de sa carrière militaire. Sachez qu’il ne faut jamais laisser un individu de structure rose jouer à des jeux vidéo violents parce qu’il apprendra à tuer sans scrupules : il n’est pas capable de faire la différence entre le réel et l’imaginaire, et à prendre la distance nécessaire qui permet aux autres structures de jouer, de « faire semblant ».

À moment donné, le directeur d’enquête Claude Rousseau évoque le fait que Bary lui donne du « Mon adjudant ». Le journaliste pointe l’aspect « dur à cuire » de Laurent Bary. À mon sens, ce n’est pas cela qui se joue. Les structures psychotiques intelligentes présentent une élation narcissique et, chez eux, les règles de vie en société ne sont pas intégrées, ce qui fait que ces individus posent des actes qui sont à côté de la plaque mais que l’on prend pour des comportements de défi. Souvenez-vous que Jean-Claude Romand avait accueilli les experts psychiatres chargés de son évaluation en leur donnant du « Chers confrères » (alors qu’il n’avait jamais décroché son diplôme de médecin, pour rappel). 

A la lumière des éléments contenus dans le documentaire qui fait état de l’affaire, et des connaissances cliniques apportées par la psychologie structurelle, il est clair que Laurent Bary a le profil psychologique pour avoir commis ce crime dans des circonstances qui sont compatibles avec les éléments physiques du dossier.

Elisabeth Philiponet, Avocate générale à la Cour d’Assises de Besançon, a raison à mon sens lorsque qu’elle estime que Bary s’est sans doute persuadé de son innocence. C’est l’œuvre de ce mécanisme bien connu que l’on repère chez les individus psychotiques : le déni de la réalité. Je ne parle pas de la négation. Le sujet ne nie pas un fait connu de lui : au contraire, son cerveau a zappé l’info. J’ai vu le déni à l’œuvre très clairement lors du suivi que j’ai mené auprès d’un jeune délinquant sexuel de structure rose. Malgré ses efforts à relire avec moi le jugement des faits pour lesquels il était incarcéré, il s’est montré proprement incapable de s’en souvenir.

Bary convainc sa famille et d’autres protagonistes parce qu’il est convaincu lui-même de son innocence. C’est si typique, dans les affaires psycho-légales, de rencontrer ce tableau. En matière de protection des mineurs, c’est ainsi que les juges se fourvoient si fréquemment (pour un point sur cette question, exemple à l’appui, voir cet article).

Hypothèse conclusive : Bary aurait pu le faire et il semble bien que ce soit lui. Ce qui intrigue les enquêteurs et les journalistes, c’est le sang-froid dont il fait preuve. Laurent Bary possède à mon sens la même structure psychique que Jean-Claude Romand. Ces deux affaires ma rappellent un autre suivi que j’ai mené avec un homme qui avait failli tuer sa maîtresse avec une barre de fer. Au contact, ces personnalités sont très étranges. Pour une description clinique, lisez le grand Claude Balier sur la psychose froide. Pour un aperçu immédiat, regardez plusieurs photos de ces deux hommes sur Internet. Vous comprendrez peut-être de quoi je parle…

L’affaire Romand ne doit pas être confondue avec l’affaire Xavier Dupont de Ligonnès, même si ce dernier est également accusé d’avoir tué les siens (femme et enfants ; pas ses parents comme l’a fait Romand). XDDL possède une structure verte. Et ce cher Monsieur a disparu dans la nature… Mon article consacré à Bertrand Cantat (Acte III) vous en apprendra davantage sur la structure verte.

A moins que nous puissions déjà nous pencher davantage sur le sujet avec le meurtrier de Magali Delavaud… Encore un conjoint qui tue sa compagne. Mais, cette fois, l’individu n’est pas de structure rose.

Affaire Magali Delavaud

En novembre 2014, Magali Delavaud est retrouvée morte dans sa voiture calcinée, dans un ravin. Après avoir tenté de dissimuler son acte, son compagnon Jérôme Faye passera aux aveux en expliquant qu’il l’a tuée lors d’une dispute au sujet de l’éducation de leur fils, dispute qui aurait dégénéré.

Le crime a été maquillé de façon bien organisée. L’individu est donc quelqu’un de bien organisé psychiquement. Jérôme Faye présente une bonne capacité intersubjective, capacité qui lui permet de valider son innocence et mettre les enquêteurs sur une fausse piste. Il utilise sa capacité intersubjective au point qu’il anticipe la découverte de l’existence de sa maîtresse par les enquêteurs en parlant à la famille de Magali d’une relation uniquement platonique avec cette femme.

Selon les informations données dans le documentaire, Jérôme aurait montré de la jalousie face au fait que Magali s’occupait davantage de leur enfant que de lui : c’est typique de la structure verte que de se sentir en compétition avec sa propre descendance et de confondre le soin donné par une mère à son enfant et celui donné par une femme à son conjoint. En outre, les proches de Magali sont d’accord pour dire que Jérôme pouvait rabaisser sa compagne en public : typique du vert également.

En garde à vue, acculé, Jérôme Faye avoue. Ainsi, avant cela, il avait nié les faits. Pas dénié : il a toujours su qu’il mentait.

Il a étouffé cette femme. Manifestement un crime non prémédité là aussi. Alors, une fois sa compagne morte, que faire ? Il dira aux enquêteurs qu’il a pensé à se tuer, mais en fait il est dès après la mort de la mère de son enfant en train de préparer un alibi en envoyant des SMS à la victime…

Coup de théâtre durant le procès : un problème somatique chez Magali serait la raison qui a précipité sa mort. Je doute qu’un homme bleu aurait accepté d’opposer cette défense à son ex belle-famille…

Jérôme Faye est condamné à 25 ans de réclusion criminelle pour  meurtre… Une lourde peine en comparaison à d’autres situations. En effet : il semble que Jérôme Faye soit condamné également pour sa capacité de ruse.

L’affaire Prevosto, dans laquelle un policier tue lui aussi sa femme, présente très probablement la même configuration sur le plan des couleurs psychiques (Jacques Prevosto est vert, Marie sa femme était bleue).

Amanda Knox

J’évoquerai enfin une dernière affaire, que je ne déclinerai pas dans le détail, et qui fait l’objet du documentaire Netflix sorti en 2016 Amanda Knox. Lors de son séjour en Italie, la colocataire d’Amanda Knox est assassinée et, du fait de son comportement jugé inadéquat au vu de la situation, Amanda passera pour la coupable idéale. Pas étonnant, puisque cette femme présente une structure rose. Ainsi : Amanda Knox aurait pu commettre le crime. Mais, manifestement, ce n’est pas elle qui l’a commis. Condamnée en 2009, elle sera définitivement acquittée en 2015.

Regardez l’interview du coupable présumé (qui ne reconnaît pas les faits) dans cette émission (la première partie est ici) qui est passée sur la Rai3 : c’est très intéressant… Si vous voulez vous coller à l’exercice, j’attends votre proposition diagnostique de Rudy Guede par mail (écrivez-moi via le formulaire de contact).

Par ailleurs, j’ai l’intention de me pencher sur l’analyse de personnalité des « amants diaboliques », Aurore Martin et Peter Uwe. Accusés du meurtre du mari de Madame. Quelque chose me dit qu’ils forment un couple mixte (en couleurs)…

Saison 3 : et Tokyo la HP s’ennuie…

Tokyo : mon héroïne. Elle va au bout de ses envies.

Comme je l’envie !!

Elle s’éclate avec son chéri sur une plage de sable blanc. Mais vite, très vite, son besoin d’adrénaline lui saute à la gorge.

Alors elle part. Elle le quitte. Et c’est le début d’un second braquage. Parce que Rio se fera prendre.

Tokyo va donc au bout de ses envies.

Mais après, elle dit :

« Coupable. Coupable. C’est ce que je ressentais. En pensant à chaque instant de bonheur que j’avais passé avec Rio. Depuis que nous étions vraiment libres ».

Si c’est pas bleu, ça ? (pour les couleurs, voir ici).

En visionnant le 1er épisode de cette 3e saison, l’on se dit que cette femme continue de porter la poisse. Que tout le monde tombe toujours après le passage de Tokyo…

Rio emprisonné et tortué. Son amour…

En tous les cas, le personnage de Tokyo illustre à la perfection les affres de l’attachement insécure d’un être bleu.

Le Professeur, lui, tient à la cohésion de sa famille : « la bande ». La solidarité est de mise. Et il est leur père protecteur à tous. Rares sont les séries où les personnages sont tous aussi… bleus de structure ! Il y a bien NCIS, c’est vrai.

Petit retour sur Berlin, puisqu’il reviendra par flash-backs. Il montre trop de sentiments, dès la fin de la 2e saison, pour être un vrai psychopathe. Aux portes de la mort, il éprouverait enfin ce qu’éprouvent les bleus ? Pas crédible cliniquement. Mais tout le monde aimerait tellement que ce soit possible…

Cette série est éminemment politique. C’est un pamphlet résistant. On le comprend vraiment au début de cette 3e saison. À la fin de la précédente, Raquel s’est ralliée à la cause de son amant. Parce que c’est la bonne. Les voleurs ne sont pas ceux que l’ont croit. Les voleurs ne sont pas les braqueurs en uniforme rouge portant le masque de Dali (ah, voilà, on tient ici un deuxième personnage rose en la personne de l’artiste).

Il n’y a rien de plus résistant que le cinéma. Et cette série, c’est du cinéma.

La cause des braqueurs est devenu combat politique dans la rue. Les citoyens qui portent le rouge et agitent des drapeaux à l’effigie du peintre espagnol sont les gilets jaunes des Français.

Dans cette 3e saison, le Professeur et ses recrues (ainsi que les pièces rapportées) sont devenus des putains de résistants de l’ETA. Ces gens qui savent que pour mener une révolution il faudra sacrifier des ressentis. Parfois des vies.

La casa de papel, c’est donc bien plus qu’une série : c’est un acte militant.

Et puis, dans cet objet multimédia, il y a les leçons de vie dispensées par Nairobi. Elle s’exprime toujours avec le coeur. Leçon sur l’amour lorsqu’elle se fâche avec Palerme au sujet de son « Helsie ».

Oui, tiens : Palerme. Je crois bien qu’on le tient notre premier vert ! (il y avait bien « Arturito » mais le personnage est en fait un mix de vert et de bleu). Le nouveau commandant du braquage sur place. Un bon HP lui aussi.

Il blesse Nairobi parce qu’il a raison. C’est un foutu vert lucide qui blesse en parlant des sentiments profonds de son vis-à-vis. On est toujours dans l’attaque relationnelle avec un vert. Toujours. Berlin ne sait pas le faire, toucher là où ça fait vraiment mal. Comme je le précisais quand je parlais du personnage d’Hannibal Lecter.

Mais elle ne se laissera pas faire notre Nairobi. Elle est plus forte que ça. Elle sait ce qu’est la liberté, et elle tente de transmettre le concept à sa petite soeur Tokyo.

Cette Tokyo qui avait bien besoin d’un papa comme le Professeur. Maintenant, Raquel et son homme sont les bons parents bleus qui veillent de loin sur leur progéniture.

Comme Moscou a veillé sur Denver, ce qui a permis à ce dernier de devenir un homme qui assume ses responsabilités. En effet, combien de destins masculins brisés par l’impossibilité à s’identifier à leur père rose et à devenir des hommes solides et posés ?

Surtout, je ne vous gâche pas le plaisir du dernier épisode de cette 3e saison : je ne piperai mot. Regardez-le. C’est une pépite de génie en soi. Je ne parle pas de la tournure des événements (même si c’est fort là aussi), mais de la démonstration de la façon (différentielle) dont les êtres humains réagissent à la rupture amoureuse, fonction du style d’attachement.

J’ai toujours dit que le cinéma m’apprenait à vivre. Ces dernières années, j’ai passé bien trop de temps sans profiter de cet enseignement.

Les réalisateurs ne seraient-ils pas les chamanes de nos sociétés à nous ? Ceux qui se rendent dans des mondes imaginaires pour en rapporter des histoires en forme de réponses à nos questions… Oui, parce que comme le chante Steve Hogarth : « Finding the answer is a human obsession… ».

Moi, je crois que si. Je crois que là est leur mission. Et quand on songe à la qualité de tant de séries et de longs-métrages qui nous sont accessibles, l’on se dit que nos sages à nous n’ont rien perdu de la superbe de leurs ancêtres.

Certains compositeurs et interprètes en font également partie. Comme ce Steve Hogarth, le chanteur de Marillion. Lui aussi aborde la thématique de La casa de papel, dans ce magnifique morceau :

This is the 21st century

Flash to crash and burn

Nobody’s gonna give you anything

For nothing in return

There’s a man up in a mirrored building

And he just bought the world

Would you want

To have kids

Growing up

Into what’s left of this ?

She shook her head,

She said « Can’t you see ?

The world is you

The world is me. »

La casa de papel / Analyse structurelle des personnages de la série

Je suis à l’épisode 7 de la 2e saison.

Ainsi, mes analyses se basent sur les éléments obtenus jusque-là. Il est clair que les scénaristes ne connaissent pas la psychologie structurelle. Mais, comme c’est le cas des séries « Les Experts » et celle qui met en scène le Dr House, il est possible d’effectuer une analyse structurelle de la personnalité des personnages, comme je le fais dans mon ouvrage à paraître. En effet, les réalisateurs et scénaristes observent le monde et arrivent aux mêmes conclusions. Avec quelques imprécisions : comme celle de décrire le cannibale Hannibal Lecter comme un sujet symbolisant (lire cet article pour une explication du terme), capable d’une trop grande intersubjectivité relationnelle quand il traque Clarisse.

Tout part en vrille dans ce braquage parce que le Professeur, malgré sa grande intelligence, ne pouvait pas maîtriser toutes les variables psychologiques dans les relations qui allaient s’instaurer entre les membres de la bande. Cela ne suffit pas de poser des règles d’anonymat pour échapper à ces variables. En effet, le Professeur avait édicté des règles, espérant tout garder sous contrôle. Comme il range ses chemises par couleurs et qu’il utilise sa minutie au service de pliages en origami ! Mais… peut-on vraiment demander à des repris de justice de respecter les règles ?

Le Professeur est décrit comme un sujet HP. Mais il a emprunté l’idée du plan à son père. Il poursuit le travail de ce dernier en croyant possible une fin heureuse, sans aucune victime. N’est-ce pas illusoire ? Nous savons tous que, même s’il n’y a pas de morts au final, le traumatisme psychologique peut provoquer la mort psychique…

Diagnostiquons les recrues :

Tokyo. Une bleue (pour un premier aperçu des couleurs, voir ce flyer) au coeur pur, mais traumatisée, capable de se transformer en monstre si le stress est trop intense et que sa survie est en jeu. On la voit souvent en mode combat. Elle a dû en goûter, du bitume… Mais c’est une amoureuse. Elle oscille dans sa relation à Rio. À la fois elle sent bien qui elle est, ce dont elle a besoin, pas d’une vie de famille, pas de vivre avec un jeunet. Mais elle l’aime ce mec. La preuve? Elle est jalouse si une autre s’en approche…

Tokyo. À la recherche du bon père : qu’elle a cru trouver en la personne du Professeur, qui lui a déjà sauvé la vie une première fois. Mais elle croit qu’il l’a trahie, alors elle donne son prénom aux flics… Avant de voir qu’elle peut toujours compter sur son ange gardien.

Et puis, Tokyo : condamnée à répéter le traumatisme d’être celle par qui les hommes meurent ?

Nairobi : un si beau nez ! Extrêmement intelligente, sensible et sensée. Elle ne laissera pas les mâles prendre le pouvoir sur elle. Excellente manager : son fidèle employé l’apprécie tant ! Elle sait insuffler de la motivation. Mais, à un moment, elle craque ! Sensible, j’avais dit… et animée par l’espoir de retrouver son enfant, espoir fauché par la méchanceté de Tokyo en mode combat. Elle est dissociée, cette Tokyo. Les chamanes diraient qu’elle a besoin de recouvrer son âme.

Rio et Denver se ressemblent : eux aussi sont des amoureux. Des cœurs tendres. Comme Moscou, le père de Denver. Qui se préoccupe pour son enfant. Et gaffe comme un père bleu.

Alors, pas l’ombre d’un vert ni d’un rose dans cette liste de truands ? Pas de vert, c’est sûr. Les scénaristes n’ont pas tenté de définir un pervers (de structure). Ils croient peut-être le faire avec Berlin. Mais Berlin est un rose : c’est un psychopathe. Tous les roses ne sont pas psychopathes. Mais tous les psychopathes sont roses.

Vous voulez un exemple de vert dans une série télévisée, pour bien circonscrire le type de personnage ? Alors regardez les épisodes du Dr House : et oui, le Dr House en personne est un vert ! Egocentré, passablement handicapé des sentiments, mais tellement lucide, et tellement intersubjectif ! Capable de parler le même langage que les bleus… avec le cynisme désespéré de ceux qui ont vécu trop de désamour pour y croire encore… 

Berlin. Le psychopathe, donc. Ce doit être dur d’être dans sa peau : courir après les sensations, pour enfin obtenir un semblant de frisson ! Il garde la tête froide, profite de tous les instants possibles qui font battre son coeur. Victime d’un cerveau qui ne peut pas lui permettre de vibrer, sentir, aimer.

Vision d’horreur tout de même quand Berlin « plaisante » à propos de bébés de lui qu’il ferait à Ariana, des Berlin juniors courant nus sur la plage… Heureusement que la psychopathie ne se transmet pas ! Mais ça, Ariana ne le sait pas…

Oslo est un personnage plus que secondaire. Il ne parle pas. Il ne nous est donc pas possible de déterminer sa structure. Helsinki est décrit comme un bleu. Je me m’y attarderai pas.

Quant aux otages, Arturo est le plus intéressant jusqu’ici : un homme qu’on dirait sans couilles, pris comme il est entre son épouse et sa maîtresse, incapable de faire un choix. Comme tant d’hommes bleus… Il lance d’abord les autres au front, au lieu de se proposer lui comme héros. Les héros sont ceux qui jouent leur peau, nous dit Taleb.

Mais Arturo commence à choper des couilles quand il affronte Denver, qui a volé le coeur de sa maîtresse. Ah, donc, le courage viendrait avec le besoin de se sentir mâle ?

L’inspectrice, elle, mérite sa place dans l’analyse. Mais elle est tout simplement tranquillement pure et très, très intelligente. Et si belle.

Raquel. J’adore la façon dont elle attache ses cheveux à chaque fois qu’elle parle avec le cerveau de la prise d’otages. Et qu’elle les détache quand la conversation est finie. Je ne sais pas ce que cela signifie : qu’elle se concentre ? Peut-être…

L’on se demande avant l’épisode 5 de cette 2e partie à quelle occasion le scénariste aura besoin de permettre à Raquel de comprendre qui est son amant… Allez, motus.

Comme me l’a enseigné l’un de mes professeurs de cinéma, aucun personnage ne doit être totalement mauvais. Si cette série fonctionne, c’est que les truands sont, pour une part, aimables. C’est avant tout le scénariste et le réalisateur qui doivent aimer leurs personnages. Tous leurs personnages. Sinon, le film ne fonctionne pas.

On arrive même à avoir un faible pour Berlin. Pourquoi ? Par quel miracle ? Peut-être parce que l’on sent son urgence à ressentir. Ou parce que le Professeur, qui nous est cher, l’aime, lui.

Cela me rappelle le final du film Frost/Nixon (2008), de Ron Howard : Nixon est imbuvable durant tout le film. Mais, à la toute fin, on voit pointer sa fragilité extrême, et l’on se met à l’aimer

En conclusion : il y a tellement d’amour dans La casa de papel ! Pas étonnant que cela ait plu aux gens. Dans ce monde de brutes, on a tous besoin d’amour.

La suite ? Le site pause-webzine.com. Vous en apprendrez davantage sur l’âme humaine en y suivant mes articles de blog, ainsi qu’à propos d’autres disciplines en lisant ceux de mes collègues rédacteurs, dans quelques temps. Le temps qu’on s’y mette sérieusement.

Lettre ouverte aux intervenants en protection de l’enfance

La protection des mineurs en danger est, pour moi, la cause la plus importante à traiter. Non pas que diminuer la souffrance adulte ne me tienne pas à cœur, les lecteurs réguliers de mes articles de blog l’auront compris. Mais si j’investis autant la cause, c’est que je me sens personnellement responsable du bien-être des enfants – de TOUS les enfants – de la Terre. De mon point de vue, chaque humain devrait être préoccupé par cette question. Sincèrement, qu’y a-t-il de plus important que la protection du développement de notre progéniture ?

Alors, intervenants de tous bords occupés par cette question, de grâce, formez-vous aux outils qui permettent d’évaluer correctement les capacités parentales de vos principaux interlocuteurs ! Et cessez de prendre des décisions non éclairées qui prétéritent le bon développement des enfants dont vous avez la charge !

La Convention internationale relative aux droits de l’enfant le rappelle : pour toute action ou décision à prendre dans laquelle un mineur est impliqué, c’est l’intérêt de ce dernier qui est supérieur à celui des autres protagonistes. Or, je peux le dire parce que l’observe au travers de ma pratique en tant que psychothérapeute mais également en qualité d’experte auprès des tribunaux et de juge assesseure de l’autorité de protection de l’enfant et de l’adulte : le constat est alarmant. Non pas que les décideurs et les évaluateurs ne cherchent pas à favoriser le bien-être de leurs pupilles, mais bien plutôt qu’ils ne possèdent pas les outils aptes à leur permettre de ne pas tomber dans les pièges tendus par la folie humaine.

Prenons un exemple, parmi des centaines d’autres que je pourrais rapporter : les collègues de mon équipe et moi-même traitons en expertise de la situation d’une enfant en bas âge dont le père est mythomane et dont la mère n’a comme particularité psychique que le fait d’être un sujet haut potentiel (pour une explication du terme, voir mon article de blog). Sauf à tenir compte de ce point précis, l’on peut dire que cette mère est tout à fait normale puisqu’elle possède une structure psychique saine. Pourtant, c’est elle qui passe – aux yeux non avertis des juges – pour le parent non compétent. Pourquoi ? Parce que la psychose du père fausse la donne ! Le sujet mythomane (le mythomane n’est pas un menteur : en effet, il n’a pas conscience d’inventer les faits tel que cela arrange sa psyché) est tellement sûr de lui que tous le croient ! Il ne possède pas de culture du doute qui permettrait que l’on attaque ses convictions (comme c’est justement le cas de la mère, qui est déstabilisée et encore traumatisée de sa relation avec un homme capable d’inventer une néo-réalité à chaque fois que la réalité s’oppose à l’image que ce dernier souhaite préserver de lui-même). Nous avons décrit la psyché de chaque parent dans un très détaillé rapport adressé au juge qui nous avait mandatées, et pointé la dangerosité du père. Ce président de l’autorité de protection de l’enfant s’est montré tout à fait surpris par nos conclusions. Et pourtant, nous ne nous étions pas trompées. La suite de l’histoire nous donnera raison sur le danger réel que représente ce parent mythomane pour sa fille.

Je pense également à la situation de ce père que nous avons reçu en expertise et qui se battait corps et âme pour avoir le droit de continuer à honorer les visites à sa fille, domiciliée à 150 km de chez lui, puisque la mère de l’enfant  lui mettait des bâtons dans les roues (elle pensait sincèrement que le père était dangereux pour leur enfant). Le dossier désignait cet homme comme violent, non respectueux des lois, possesseur d’armes : ma collègue et moi nous étions dès lors préparées à un entretien difficile, d’autant que les nombreuses vexations liées au traitement du dossier de son enfant avaient eu raison de la patience de ce père et qu’il s’était de ce fait montré assez désagréable avec ma collègue au téléphone avant ce premier entretien. Et pourtant : nous avons rencontré un individu qui constituait pour l’enfant une véritable ressource. Faisant véritablement sa connaissance, étudiant son histoire et évaluant sa structure psychique, nous avons découvert chez cet un homme un cœur en or derrière une carapace de protection que la vie l’avait obligé à ériger. Lui-même avait grandi avec deux parents psychotiques de structure, ce qui l’avait conduit à devoir fréquenter les foyers d’éducation dans sa jeune vie.

J’avais tellement à cœur de lui rendre justice que je n’aurais manqué la séance de compte-rendu expertal sous aucun prétexte, si heureuse de pouvoir lui annoncer nos conclusions. Et soulagée de savoir ce père présent pour cette enfant. La structure psychotique de la mère avait fait prendre à cette dernière les manifestations comportementales de la souffrance psychique de son ex-partenaire pour des dangers. Elle avait pris les signes extérieurs de protection qu’il avait dû ériger au pied de la lettre (pour une explication de ce phénomène, voir mon article de blog). Elle n’était pas à blâmer, parce qu’elle n’avait aucune intention de nuire. Elle était seulement persuadée, à tort, de la malveillance du père. Elle était hors réalité, interprétative et parano. En un mot, elle était folle. Je considère d’ailleurs que ce type de parent (l’on peut, selon mes derniers calculs, situer la prévalence de la personnalité non symbolisante à 15% de la population) ne possède pas la capacité de discernement lui permettant de se positionner correctement sur les éléments relationnels qui contribuent au bien-être d’un enfant.

Dans la droite ligne dessinée par mon explication au sujet de la façon qu’ont ces individus de prendre les choses « au pied de la lettre », j’observe que divers types d’éléments sont mal lus par ces personnalités. En effet, outre les signes extérieurs du père non compris par la mère de l’enfant, le statut de leur relation était également, pour cette dernière, impossible à appréhender. Ces parents n’avaient pas formé un couple ayant projet de famille, du point de vue du père. La rencontre s’était faite sur des motivations d’ordre sexuel. Mais dès lors que l’enfant est arrivé et que le père s’en est préoccupé, la psyché de la mère a lu la situation tout différemment. En effet, nombre de femmes non symbolisantes pensent être en couple avec un homme qui donne de la présence tout en se situant, sur le plan amoureux, dans un tout autre registre, mal compris par la partenaire. J’y reviendrai plus précisément dans mon livre à paraître.

Ainsi, je suis frappée par le nombre de dossiers en protection des mineurs auxquels j’ai eu accès et dans lesquels des décisions étaient prises en défaveur du bon développement de l’enfant, et ce en raison du fait que le parent sain était mal compris et que le parent moins compétent était suivi dans son délire. Mais je ne jette la pierre à personne. J’ai moi-même travaillé il y a plusieurs années de cela pour le Service vaudois de protection de la jeunesse et, alors, je peinais encore à tout appréhender avec précision. Cela ne fait qu’une année maintenant que la lecture des situation familiales est véritablement devenue limpide pour moi. Il a fallu un très long travail de recherches cliniques et d’élaboration d’une théorisation qui tienne la route et qui fasse ses preuves, pour aboutir. Et surtout, surtout, accepter de m’être trompée jusque-là.

Un autre écueil que je repère chez les intervenants en protection des mineurs, sans doute dû à la philosophie de leurs études et à leur méconnaissance encore patente des découvertes des neurosciences (méconnaissance encore très prégnante en Europe francophone) est la croyance dans les capacités d’amendement de parents manifestement pas aptes à déployer des compétences parentales minimales en faveur de leurs enfants.

Alors, chers collègues en charge de la protection du bon développement de notre progéniture, celle de notre espèce, celle de notre communauté humaine, ne voudriez-vous pas vous former correctement à l’évaluation des compétences parentales ? Si c’est le cas, étudiez ce flyer et contactez-moi. Nous serons ravies de partager avec vous notre savoir et notre expertise en la matière.

Passeurs d’humanité

L’espèce humaine : l’espèce animale qui s’en prend le plus violemment à ses propres congénères
Pourquoi ? Je dis que c’est à cause de la folie. La folie, c’est quand on oublie de tenir compte des besoins des autres lorsque l’on tient compte de ses propres besoins. Une prédisposition innée qui touche, semble-t-il, 15% de la population humaine. J’y reviendrai. Pas dans cet article. Dans mon livre.

Les masseuses et les esthéticiennes sont des passeuses d’humanité. Elles donnent ce qu’elles ont de bon en elles pour rendre les autres humains beaux ou épanouis par la détente corporelle. Elles font un métier proche du mien. Comme ma professeur de danse, elles sont mes thérapeutes à moi. Et celles de tant d’autres personnes.

Les Asiatiques sont les meilleurs masseurs. Ils ne craignent pas de faire le job. Ils y mettent toute leur force, toute leur énergie. Rien à voir avec ces massages tranquilles que nous offrent les Européens. Les masseurs ayurvédiques et thaï font un travail de fond : ils vous triturent le corps, tirent sur ses cordes internes, ne craignent pas de travailler en profondeur. Ce n’est pas un lifting, c’est un traitement.

J’ai vécu nombre de massages en Inde. Beaucoup de femmes, et un homme, on travaillé sur mon corps. Pour le rendre plus détendu, pour lui redonner sa souplesse et son calme. Dans cette station balnéaire d’Algarve, celle de Portimão, j’ai vécu mon premier massage complet thaïlandais à l’huile. Topissime. La musique thaï qui était jouée peu après le début du massage présentait quelques relents qui faisaient penser, je ne sais trop pourquoi, à Pink Floyd… Le massage était profond, tendu, intense, commis avec force. Comment font-ils, ces êtres-là, pour donner tant d’eux-mêmes, à des inconnus ? Pour toucher ainsi leur corps, avec soin, avec ce respect, avec tant de douceur. Avec cette endurance aussi. Le travail de masseur asiatique est épuisant. Qui s’en rend compte ? C’est un don de soi. Un partage. Ma masseuse m’a gratifiée d’un « kon-pun-kah » (merci), à la fin de la séance, joignant ses mains comme on le sait, ce qui montre qu’il s’agit bien d’un partage.

Les masseurs et les esthéticiennes sont des passeurs d’humanité. Comme les infirmières en psychiatrie qui proposent des visites au domicile de patients démunis et qui font du shopping avec eux ; qui permettent, pour un laps de temps, aux patients psychotiques d’unir leurs parts morcelées par la présence et le soin humains.

L’excellente Tash Sultana chante : « Welcome to the jungle. Are u gonna dance with me ? ». Un appel au lien. Kölsch, quant à lui, dit : « All that matters is where you lay your head. All I care about is that you’re always safe ». Le soin. La protection.

Je suis passeuse d’humanité mais je ne supporte plus d’être payée pour cela. Comment font les prostituées ? Elles soignent et encaissent. Sans doute qu’elles donnent plus que moi. D’elles-mêmes. Ou pas. Je crois qu’on mesure ce que l’on donne à ce que l’on a reçu…

Comment permettre que des êtres humains puissent bénéficier de ma présence maternelle, celle qui leur a tant fait défaut, sans devoir payer pour cela ? C’était un dû lorsqu’ils sont nés. Ils auraient dû le recevoir, ce soin, de leur parents. Mais ces derniers n’ont pas su. C’est pas qu’ils n’ont pas voulu. Quelque chose dans leur cerveau les en a empêchés.

Depuis que je suis à mon compte, je compte sur la détresse humaine pour tourner. Pour pouvoir payer mes factures. Foutu métier. Je voudrais juste donner ce que j’ai eu la chance de recevoir à ceux qui ne l’ont pas eu. Je devrais demander une forme de compensation à l’Etat, notre figure paternelle, pour les services ainsi rendus. Qu’il me permette juste de me loger et de manger à ma faim. Je n’aurais plus à penser en termes de chiffre d’affaires mais en termes de bon sens humain.

Pourquoi tout est-il parti en vrille ?

Quel mécène sera prêt à financer mon existence ?

Sans mémoire, sans désir (s’agissant des enjeux de nos patients), disait Bion. Voilà comment nous devrions mener le travail psychothérapeutique, mes collègues et moi-même. Et sans jugement. Jamais. Accueillir l’être tel qu’il est. Pour lui permettre de savoir ce qu’il veut vraiment.

Au pied de la lettre

Certains êtres humains prennent les paroles des autres humains au pied de la lettre. C’est également comme cela qu’ils traitent les textes bibliques. Sans aucune forme de distance. Sans chercher à comprendre le sens qui se cacherait derrière les mots, les paroles, les images.

Ainsi de Ben Laden. Et de tant d’autres individus persuadés d’être dans le juste et qui terrorisent leurs congénères.

Je dis de ces sujets qu’ils ne symbolisent pas.

L’être humain souffre de ne pas comprendre le langage des autres humains avec lesquels il interagit. Comme déjà mentionné dans un autre article de blog, il y a au moins trois façons d’être au monde. Évoquons ici la plus spectaculaire.

Ils ne comprennent pas le mensonge, le double sens des mots, et ils croient que les autres humains portent des masques. Lorsqu’ils sont quittés, ils estiment que leur conjoint a cassé le couple, cassé la famille. En fait, ce dernier a cassé l’image que celui qui ne symbolise pas s’était fait de son couple, de sa famille. Le principe de réalité ne tient pas. L’image est un leurre. Mais le sujet ne s’en préoccupe pas. Parce que quelque chose, dans son cerveau, lui permet de nier, de cliver… la réalité telle qu’elle est.

Ils nous croient, lorsque nous leur mentons. Certains de mes patients les décrivent comme naïfs, malléables comme de la « pâte à modeler ». Diagnostiquez la structure psychique et vous ne serez plus surpris. Autrement, c’est la porte d’entrée au doute, à la culpabilité personnelle, à la remise en question de ses propres pensées et actes. Parce que eux ne le font pas. Ils rejettent à l’extérieur la responsabilité de tout ce qui arrive.

Vous me lisez et vous croyez reconnaître quelqu’un ? Alors creusez, vous n’êtes pas loin d’avoir compris.

Mais ne vous méprenez pas, ne croyez pas qu’ils cherchent à nous manipuler. Ils ne sont pas capables de le faire de la façon dont d’autres le sont. Ils ne font que vivre, être, et ils apprennent des comportements en observant les conséquences de leurs actes : si ces conséquences les arrangent, ils chercheront à les reproduire. Mais leur capacité intersubjective est mauvaise. Et, partant, leur empathie est faible : ils peuvent se montrer affectés par une situation qui leur rappelle un vécu douloureux, mais bien parce qu’il se réfèrent à eux-mêmes… pas véritablement au vécu de l’autre.

Wolfgang Priklopil, cet homme qui a séquestré pendant des années Natascha Kampusch, fait partie de cette catégorie structurelle (comme tous ceux qui commettent les crimes les plus graves) : il disait qu’il aurait aimé qu’il existe un mode d’emploi pour savoir comment fonctionnent les enfants…
Ainsi, ces individus sont soumis à des règles, des codes, intégrés par apprentissage. Et ils doivent tout apprendre. Ils généralisent mal leurs acquis. Partant, leurs comportements sont souvent plaqués et pas adaptés à une nouvelle situation.
Comme nous l’enseignait déjà Joyce McDougall, cette si pertinente psychanalyste d’origine néo-zélandaise, ils connaissent les règlements mais pas la Loi.

Je pense à ce père de famille, un homme que j’ai rencontré lors de mon activité en tant qu’intervenante en protection de l’enfance, qui battait son enfant de la façon dont la Bible lui semblait l’enseigner (il faisait référence à un passage du texte) : partant, il se trouvait légitime dans ses agissements. Je pense à ce patient de prison qui légitimait le meurtre de son épouse par des arguments référés à sa culture, des éléments culturels pris au pied de la lettre.

Vous aimeriez que je vous donne un exemple d’individu non symbolisant ? A part Donald Trump ?
Michael Jackson.
Dan Reed a consacré un long documentaire, Leaving Neverland (2019), à la parole des victimes du chanteur. Les interviews sont impressionnantes. Elles montrent comment une victime symbolisante se trouve à la fois prise dans l’admiration et la reconnaissance pour ce que cet homme lui a apporté et comment, en même temps, elle parvient à mesurer la portée des actes commis sur elle.
Michael Jackson est un génie musical. Il a bien la connectivité cérébrale d’une personne à haut potentiel, mais il présente une structure de personnalité non symbolisante. En attestent sa façon de jouer avec des enfants comme s’il était lui-même un enfant et la manière dont il a mis en danger son propre bébé le jour où il l’a présenté à son public en le tenant de manière non sécure, au-dessus du vide. En atteste également cette nécessité absolue chez Michael Jackson de transformer son visage pour qu’il réponde à une image qu’il s’était faite, et ce même si cela devait le rendre monstrueux, plutôt que de l’accepter tel qu’il est.

Nombre d’abuseurs sexuels présentent cette même structure de personnalité : sur un échantillon de 15 auteurs d’abus que j’avais en traitement, 10 la partageaient. Les 5 autres symbolisaient (4 appartenaient ainsi à la structure perverse, le dernier n’étant pas un abuseur sexuel même s’il avait été condamné comme tel… Je vous passe le détail, que vous trouverez dans mon slide).
De ce fait, il ne serait pas du tout étonnant que Michael Jackson ait réellement commis les faits qui lui sont reprochés.

A un moment du reportage, il est interviewé par l’une de ses victimes au retour d’un séjour à… Hawaï si je me souviens bien. L’enfant lui demande ce qu’il a aimé le plus durant le séjour. Michael Jackson parle alors de la présence de cet enfant comme argument incontestable dans le plaisir qu’il a eu à faire ce voyage.
Comme quoi, les sujets non symbolisants, non seulement, prennent les paroles et les textes au pied de la lettre, mais ils doivent également être interprétés de la même manière : au pied de la lettre. Et jamais, au grand jamais, sur le plan symbolique.

Virginie Kyburz / 07.04.2019